A la mi-juin 1940, les armées d’Hitler ont envahi
toute la partie du territoire français située au
nord d’une ligne Brest-Lyon. Cependant, quelques ilots
de résistance demeurent sur les arrières des Allemands
: quelques ouvrages de la ligne Maginot ont été
contournés ; ils sont encerclés et harcelés
mais leurs occupants restent à leurs emplacements de
combat. De même, dans les Vosges, quelques unités
refusent de déposer les armes et poursuivent le combat
.
Ainsi, un élément du 23e Groupement de Reconnaissance
de Corps d’Armée (GRCA), issu à la mobilisation
du 20e régiment de Dragons de Limoges, commandé
par le chef d’escadrons Frédéric de Saint-Sernin
a été chargé de tenir le point d’appui
de Xertigny, un carrefour de routes important situé à
quelques dizaines de kilomètres du Rhin. La défense
du village est organisée de manière à en
interdire les accès. C’est une épine dans
le pied des Allemands qui entendent disposer de ce carrefour
pour y faire passer leurs convois, notamment leurs unités
logistiques. Ils décident donc de faire sauter le verrou
mis en place par le chef d’escadrons de Saint-Sernin.
Les combats héroïques de nos cavaliers se dérouleront
le 18 juin. Rappelons que ce jour-là, les troupes allemandes
paradent dans Paris, au pied de l’Arc de Triomphe, et
que le général de Gaulle est à Londres
d’où il lance son Appel. Dès l’aube
de ce 18 juin donc, le chef d’escadrons Frédéric
de Saint-Sernin et ses hommes entament une bataille inégale
qu’ils mèneront jusqu’au bout. Ils contiendront,
pendant des heures et jusqu’à la nuit un ennemi
dix fois supérieur en nombre et en armement. Encerclant
Xertigny qu’ils attaquent de toutes parts, les Allemands
submergent les unes après les autres les barricades que
Saint-Sernin a fait dresser sur les voies d’accès.
L’artillerie et les blindés de l’adversaire
délivrent un feu d’enfer sur le bourg dont les
maisons s’effondrent une à une. Vers 19 heures,
il ne reste plus qu’une poignée d’hommes
valides qui, autour de leur chef, tiennent encore le centre
de Xertigny. Le chef d’escadrons Frédéric
de Saint-Sernin est blessé, mais il refuse toujours de
se rendre ; il se bat jusqu’à la fin et se fait
tuer dans l’hôtel de ville en flammes. Le combat
s’achève à la tombée de la nuit.
Le bilan est lourd : sur 8 officiers, 4 sont morts et 3 sont
blessés. Sur la centaine de sous-officiers et cavaliers,
40 sont tués et 35 sont blessés.
Le lendemain, les Allemands se rendent compte qu’ils ont
été bloqués pendant toute une journée
par des soldats français dix fois moins nombreux qu’eux.
Lorsque 15 jours après ces combats il découvre
dans les décombres de l’Hôtel de Ville les
restes calcinés du chef d’escadrons de Saint-Sernin,
le colonel de la Wehrmacht décide de lui faire des obsèques
solennelles.
Le cercueil, recouvert d’un drapeau tricolore, est conduit
au cimetière suivi par un long cortège. Une compagnie
de soldats allemands est rangée au bord de la tombe.
Le colonel, plusieurs de ses officiers et la musique sont également
présents. Après les dernières prières
récitées par le chanoine Lemoine, les habitants
de Xertigny déposent des fleurs aux couleurs françaises.
Puis la musique militaire allemande joue la Marseillaise et
l’hymne allemand. A son tour, le colonel dépose
sur la tombe une belle couronne faite de feuilles de chêne
et qui porte cette inscription en français :
« Au brave commandant défenseur de Xertigny.
18 juin 1940 ».
La cérémonie s’achève par une salve
tirée par les soldats de la Wehrmacht en l’honneur
de ces cavaliers français morts héroïquement
pour leur patrie.
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